Grain-de-riz Factory


Tais-toi, j’accouche !

Petit retour en arrière… à la fin du mois d’octobre 2007, les dernières belles journées ensoleillées d’automne.

Les médecins m’avaient prédis que j’accoucherais le 26, ou même avant, le 16.
Dès le début du mois d’octobre, j’étais donc au garde à vous, puisque toutes les femmes-ayant-accouché que je connaissais l’avaient fait 15 jours avant le terme.

Vers la mi-octobre, je n’avais pas encore connu la moindre contraction, et malgré ma démarche de pinguin et une très légère sciatique, je pétais la forme. Je me sentais heureuse et épanouie. Grain-de-riz gigottait tant qu’il pouvait, et pour la première fois depuis le début de cette grossesse, je n’avais plus peur de lui. Je me sentais confiante, prète à le tenir dans mes bras, le changer, le consoler. 

Mais les jours passaient, et bébé restait dans mon ventre. Je m’imaginais avec frayeur dans le livre des record comme “première femme enceinte qui n’aie pas accouché”, ou que “finalement tous les médecins s’étaient trompés, je n’étais pas enceinte, j’avais juste trop mangé”, ou me faisant ouvrir le ventre au scalpel pour sortir Grain-de-riz de force parce qu’”il allait étouffer et tuer sa mère”…

Vers le 20 octobre, je n’en pouvais plus de tourner en rond, je me suis mise à tricoter une petite chose informe, qui devait servir de poncho à Grain-de-riz (mais qui n’a jamais servi, parce que bébé aurait avalé toutes les petites mousses de mohair, et aurait fini par s’étrangler).

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Le 26 octobre, je me lève pimpante, aujourd’hui, vous faites ce que vous voulez, moi, j’accouche !
… Mais la journée passe et la nuit tombe, pas la moindre contraction, pas le moindre bébé à l’horizon…
Sylvie, la sage-femme, me rassure en me confirmant que toutes les femmes enceintes finissent par accoucher, et que je dois laisser la vie se passer, et la nature faire les choses comme elle l’entend.

Je passe donc la semaine à apprendre la patience, et à tricoter amoureusement de petits bouts de trucs devant servir à improviser un joli cache coeur pétrole à Grain-de-riz.
Le vendredi soir, ça y est, alléluhia, j’ai des contractions. Alors je fonce dans un bain chaud, comme il est écrit partout de le faire. Elles se calment. J’appelle fièrement Sylvie pour lui annoncer la nouvelle. Elle vient, m’examine, et me donne encore une semaine… J’encaisse la nouvelle.
Les contractions reprendront le samedi un peu dans la journée, puis le soir de manière plus régulière et je perds le bouchon muqueux.
J’appelle Titou, l’autre sage-femme, elle arrive, met son nez de clown et m’examine. Nous partons en rigolant faire un monitoring, Antoine prépare vite fait une petite valise, mais nous reviendrons de l’hopital bredouille, toujours pas de bébé.
Je dors horriblement mal puis les contractions se calment au petit matin.

Elles reprennent dans la soirée du dimanche. Sur les conseils de Titou, nous retournons à l’hopital faire un monitoring et revenons bredouille… j’encaisse.
Je passe cette nuit là assise sur le ballon, mon oreiller sur le radiateur, avec des contractions douloureuses et régulières, qui ne font pas avancer le travail. Mon col est à peine entrouvert, histoire de faire de l’air à Grain-de-riz.

Le lundi soir, je suis épuisée par une nuit et une journée de contractions, j’appelle Sylvie en larmes. Elle vient, m’examine et me donne un buscopan, parce que j’ai mal, j’ai perdu mon sourire. Ok, j’attends, mais comme ça c’est trop dur.
Elle rentre chez elle, et au lieu de faire stopper le travail, le médicament provoque des contractions régulières et douloureuses, qui me mettent de bonne humeur, parce que je sens qu’elles appuient sur le col.

Une demi-heure plus tard, j’appelle Sylvie, elle arrive. Le travail a bel et bien commencé.
Nous nous rendons en bande de joyeux lurons à l’hopital. J’ai droit à la plus belle salle d’accouchement ! Je plonge dans le bain. s’ensuivent de longues heures de contractions, bains, massages du dos et discussions.
Sylvie perce la poche des eaux au milieu de la nuit, pour faire avancer les choses, qui stagnent.
Aïe aïe aïe, Grain-de-riz a fait son méconium un peu trop tot. Je ne pourrai donc pas accoucher dans le bain, et bébé devra être “aspiré de partout” à la naissance.
Qu’à cela ne tienne, tant qu’il nait !

On me redonne un buscopan en perfusion, et là, tout s’accélère.
Bébé pousse, le col s’ouvre et le soleil se lève.
Je suis épuisée, je me couche sur le côté.
Subitement, je pousse ! En fait, c’est pas moi qui pousse, c’est mon corps, c’est la nature ou Grain-de-riz… Le résultat, c’est qu’Antoine aperçoit un bout de tête ! Puis je pousse encore, en poussant un grand cri, parce que c’est comme ça que ça vient, parce que ce n’est plus moi, mais mon petit moi sauvage qui est la, couché.

Puis ça pousse encore et la tête sort tout à fait. Je m’effraie, parce que je ne l’entends pas crier. Normal, il est pas encore né !
Puis il nait. On le vide de ses glaires comme prévu, mais l’opération est si vite faite, que le temps que je reprenne mes esprits, je suis la, sur le dos, avec un petit truc mou et chaud sur le ventre, qui essaie de m’attraper le sein.
Il entrouvre les yeux. Il est beau ! Incroyablement beau ! Tout le monde pleure. On ne sait pas encore trop comment il s’appelle, mais il est là, vivant ! C’est fabuleux !



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